Bangkok: de l’Art à la Guerre

Publié le par Biniou

 

Le Jeudi 13 mai:


Le réveil est difficile… Au petit matin (vers midi), je me retrouve dans le salon de mon frère, sur un matelas acheté pour l’occasion. La couette a été inutile : depuis que je suis arrivé il fait toujours plus de 30°C, même la nuit. Pour éviter d’être constamment « en nage », nous utilisons des ventilateurs toute la journée et toute la nuit. Bien sûr, je n’ai pas passé une seul journée depuis lundi sans aller faire un tour à la piscine de l’immeuble, petite baignade salvatrice qui permet d’oublier le temps de quelques brasses la lourdeur ambiante. Ces derniers jours ont été consacrés au repos, aux balades en ville, mais je n’ai pas réellement entamé la partie touristique « pure » de Bangkok. Il est temps de s’y mettre! Et ça tombe bien, faute d’avoir mon guide du routard oublié en France (oui je sais…), j’ai une guide touristique en chair et en os à disposition, et thaï s’il vous plait! Ann vient de rentrer de ses cours de français à l’Ambassade, et me propose donc très gentiment d’aller découvrir quelques temples en centre ville. Nous prenons un taxi pour rejoindre le Chao Phraya, fleuve principal traversant Bangkok, où nous embarquons dans un « bateau-navette » qui permet de remonter le fleuve tout en évitant les embouteillages et en profitant de la vue. J’ai déjà un aperçu des nombreux temples bordant le fleuve, qui sont en fait presque tous regroupés dans la même zone, proche du centre de la ville.

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Arrivés à destination, nous savons que nous n’aurons pas le temps de voir plus d’un temple, mais ça ne sera pas n’importe lequel! Nous optons pour le Wat Phra Kaeo, ou Temple du Bouddha d’Emeraudes, se situant dans le Grand Palace. La visite est impressionnante d’autant plus que le temple est entouré d’une ribambelle de magnifiques bâtiments, statues et décorations dans le plus pur style thaï, qui forment le Grand Palace et en mettent plein les yeux. Ajoutez-y un superbe temps (qui ne fait pas exception) pour une bien sympathique visite! Pour la petite histoire, le bouddha d’émeraude a été trouvé dans le nord de la Thaïlande au XVe siècle, mais était initialement recouvert d’une fine couche protectrice, qui lui donnait l’aspect d’un banal bouddha. Lorsque celle-ci a commencé à s’émousser, on a découvert qu’il avait été taillé dans une pierre précieuse qui a été prise pour de l’émeraude, d’où son nom. Le bouddha d’émeraude est en réalité en jade, mais ça n’enlève rien à la vénération que lui vouent les thaï. Sa tenue en or massif est changée pour chaque nouvelle saison (été, hiver, saison des pluies) par le roi lui-même lors d’un rituel. Les photos en sont interdites mais voici quelques clichés du temple et du reste du Grand Palace.

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Après un petit rafraîchissement  dans un salon de thé français, notre route croise un second temple, qui n’a certes pas le prestige et la magnificence du précédent, mais qui n’en est pas moins captivant de sa simplicité et de sa sérénité. Le lieu est fréquenté uniquement par des thaï et le temple est orné d’un magnifique bouddha assis. Ces quelques instants de calme dégustés nous goûtons aux joies du touk-touk pour nous rendre à Chinatown. Ce quartier est fréquenté à 100% par des Chinois, qui constituent une importante communauté en Thaïlande, et sont aux rennes de l’économie du pays.

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Alors que nous nous baladons en vue de rejoindre éventuellement le Temple du Bouddha d’Or, Ann reçoit un appel de sa tante Nana : « Il paraît que « ça chauffe » avec les rouges, reste bien chez toi ! ». Signe précurseur d’une nouvelle ère, ou comment passer du tourisme au terrorisme. Nous prenons un taxi direction l’appartement proche du quartier des affaires, et tandis que nous subissons les embouteillages si pathologiques de la ville, j’aperçois pour la 3e ou 4e fois de mon séjour les chemises rouges en contrebas sur notre gauche, mais cette fois-ci ce n’est plus deux ou trois gugus qui font de la circulation, c’est une foule amassée et encerclée par des barricades de pneus et de pics. A notre droite, des militaires… mais les affrontements ne semblent pas d’actualité. Je suis en tout cas loin de me douter de ce qu’il va se passer.

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Nous rentrons à l’appart, tout semble normal. Pourtant nous annulons quand même la sortie prévue le soir même avec Minimoi, par mesure de précaution. Je me couche en espérant avoir le temps de visiter plus de temples le lendemain…

 

Le Vendredi 14 mai :


Même schéma que la veille, réveil difficile et départ tardif pour plus de tourisme. Seulement, une fois dans notre soy nous ne trouvons pas de taxi tout de suite, chose inhabituelle. la circulation est beaucoup moins dense que d’habitude et il n’y a presque que des scooters. Avec un peu de patience nous finissons par en dénicher un, et Ann lui indique notre prochaine destination, le Wat Pho et son fameux bouddha couché. Me remémorant les évènements de la veille, je demande à Ann si par hasard il n’y aurait pas encore des problèmes avec les chemises rouges. La réponse est positive, mais encore inconscients de ce qui se trame et pensant  ne rien voir du tout nous continuons jusqu’à Sathorn, grande artère du quartier des affaires jonchée de gratte-ciels. Mais quelque chose cloche : ce boulevard habituellement bondé et souvent en « traffic jam », est complètement désert, notre taxi mis à part. Sur le trottoir à notre gauche, des militaires en faction. Une rapide concertation avec Ann (Maybe it would be better to stay at home ?) puis nous demandons au taxi de nous ramener chez nous, ce qu’apparemment il ne peut pas faire. Nous sommes bien décidés à ne pas aller plus loin, nous payons le taxi et descendons sur le trottoir. Une ou deux photos avec les militaires pour souligner le pittoresque de la situation et nous nous engouffrons dans notre soy, non sans inquiétudes sur le chemin, mais tout est calme.

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C’est alors qu’Ann, plus que curieuse, dépasse notre building pour aller voir ce qu’il se passe au bout du soy, où il y a l’air d’avoir de l’agitation. Légèrement réticent tout de même et surtout étonné de tant de témérité, je la suis sur quelques mètres  puis un passant nous averti de ne pas trop nous y aventurer : « They’re fighting there, someone is dead ». Nous battons évidemment en retraite et passons la journée dans l’appartement. La situation a alors changé du tout au tout, nous apprenons aux informations qu’il y a eu plusieurs morts la veille au soir, et nous savons maintenant que des combats ont lieu à quelques centaines de mètres de chez nous. Comme pour appuyer cette triste réalité, les premiers coups de feu retentissent, impressionnants. Le problème est maintenant de savoir si Simon pourra rentrer à l’appart. En effet, les affrontements semblent avoir lieu à l’endroit exact où le bus le dépose le soir, et sur le chemin du retour. On apprend que la circulation est fermée sur plusieurs grands axes nous environnant, et nous pensons alors qu’il devra passer la nuit chez un copain, dans un coin moins craignos. Mais contre toute espérance il parvient jusqu’au quartier en taxi, puis nous sortons pour l’attendre en face de la supérette du coin, avant de le voir arriver en scooter. La soirée est ponctuée de quelques coups de feu épars et de sirènes d’ambulances…

 

Le Samedi 15 mai :


Nous nous tenons au courant de la situation constamment grâce à la télé thaï et internet, mais les détonations nous apprennent que la situation est toujours tendue dans le quartier. N’ayant d’autres choix que de rester « assignés à résidence », nous nous occupons comme nous pouvons, et décidons d’aller faire un tour à la piscine. Celle-ci est découverte, en hauteur, et offre une plus large vue sur le quartier, lorsque nous y arrivons nous découvrons une toute nouvelle scène : une large fumée noire monte au bout de notre soy, sur Rama IV Road. Les coups de feu se sont faits plus fréquents et nous entendons de temps en temps de plus grandes détonations, comme des bruits d’explosion.

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La fumée est certainement due aux pneus qui sont brûlés par les chemises rouges pour avoir un terrain plus opaque et pouvoir se déplacer plus librement face aux militaires. Le reste de la journée se déroule de la même façon, nous occupant comme nous pouvons entre divX et lectures.

 

Le Dimanche 16 mai :


Lorsque je me réveille, je n’entends aucun bruit dans l’appartement, mais toujours les mêmes bruits de fond, les coups de feu ont retenti toute la nuit. Je me que Simon et Ann dorment encore, lorsque je les vois rentrer à l’appart’, sacs à la main. Ils étaient en fait sortis faire quelques courses pour la journée, du côté opposé aux affrontements. Peu après, nous apprenons que notre soy (Ngam Duphli) est devenu dangereux, que la circulation y est fermée par la police, que les magasins y sont fermés et que des affrontements y auraient lieu.  A partir de ce moment nous décidons évidemment de ne plus sortir du tout. Heureusement les provisions qu’ils ont achetées le matin même nous permettent de faire nos repas tranquillement. Mais nous n’avons pas assez pour une trop longue période… En descendant à la piscine, nous découvrons une scène encore pire que la veille : plus de fumée et plus de coups de feu, parfois des fusillades.

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Dans la soirée, les détonations deviennent de plus en plus fortes et nous pouvons clairement entendre que les combattants ne sont alors plus qu’à quelques dizaines de mètres de notre immeuble. Le responsable sécurité de Carrefour tient au courant mon frère en continu (étant en VIE dans le groupe), et lui a conseillé plus tôt dans la journée de prendre un taxi le lendemain matin pour quitter le quartier. Seulement si les balles fusent en bas de chez nous et si la circulation est fermée, la tâche s’annonce compliquée…

 

Le Lundi 17 mai :


Je ne m’étais pas réveillé si tôt depuis un bout de temps. 7h30, je trouve mon frère au téléphone avec ledit responsable sécurité. Il nous apprend qu’il vient nous chercher personnellement en bas de chez nous. Je tends l’oreille mais aucun son venant de l’extérieur, il me semble même distinguer quelques bruits de scooter. La situation a l’air d’être calmée, malgré un petit nuage de fumée qui continue de s’élever au bout du soy, la supérette a rouvert et la rue est ouverte à la circulation. A 8h30 nous descendons avec nos sacs et après une petite marche avec Pascal, le chef de la sécu, nous arrivons sans soucis à un taxi qui part tout droit direction de Rung Sit, au Head Office de Carrefour. Enfin éloignés du quartier chaud, nous pouvons souffler un peu. J’en profite pour faire mon shopping à Carrefour (chemises, chaussures, bouquins…) puis nous repartons en taxi avec Ann direction l’hôtel, tout frais payé par la boîte, tandis que mon frère finit sa journée de boulot. Eh oui, le gouvernement a annoncé le lundi et le mardi fériés, mais ce n’est applicable que pour le service public. Après toutes ces émotions, lui aussi doit reprendre sa semaine comme si de rien n’était… Dans le taxi, une pluie torrentielle se déchaîne sur la ville, et les coups de tonnerre remplacement les coups de feu. Ma première pluie en Thaïlande, mais une pluie comme j’en ai rarement vu : en quelques dizaines de minutes les rues sont quasi inondées, l’eau monte parfois au tiers des pneus, la visibilité est presque nulle derrière le rideau de pluie, et l’orage gronde…  Mais rien n’effraie notre brave taxi qui nous mène à l’hôtel pour une poignée de bahts. J’y passerai la nuit, et Simon et Ann devrons y rester jusqu’à ce que la situation redevienne vivable dans leur quartier. Le rendez-vous avec Oh de Volunthai a été évidemment annulé mais je pars toujours le lendemain pour Chayaphum, où sa famille m’attend et m’accueillera normalement pour la soirée.

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Publié dans Thaïlande

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E
<br /> Dommage que tu ne sois pas américain, tu pourrais viser le Pulitzer. Vu d'ici, c'est quand même assez surréel tout ça !<br /> Au moins, si un jour tu te fais une cicatrice de façon bête (genre en sortant de ta baignoire...), tu pourras dire que c'est parce que t'as fais la guerre civile en Thaïlande (ça paye bien,<br /> mercenaire, non ?).<br /> <br /> <br />
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C
<br /> Blog sur le vif très intéressant! Je suis rassurée et attends la suite, bon courage,<br /> Cathy<br /> <br /> <br />
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M
<br /> Je viens de lire ton blog et mets enfin des images sur ce que j'avais imaginé. Plus de détails me permettent de vivre les évènements presque comme si j'y étais... Restez bien à l'abri surtout car<br /> même si la situation se calme dans le centre de Bangkok, ça n'est peut être que provisoire. Bisous à tous les trois et bon voyage à toi demain. Tiens nous au courant de la suite des évènements.<br /> <br /> <br />
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